Le retour de mars – 1ère partie

Cher journal des émotions,

En ce début d’année 2018, je suis en bonne voie pour être remis sur pied. Coûte que coûte, il me faut aussi éviter de pécher par excès de confiance. Car tant de fois, j’ai pensé avoir sorti la tête de l’eau, puis je me suis retrouvé enfoncé dans le même marasme aussitôt. Cette léthargie que j’ai cru être ma maladie n’était qu’un symptôme. Après un an de déni, je suis enfin prêt à t’écrire cette missive, pièce maîtresse de ma thérapie. 

2017, aura donc été une année de coma intellectuel et artistique en ce qui me concerne. Mes tentatives d’en sortir sans m’attaquer aux racines de mes maux, ont produits des textes parfois apaisants. Je t’en ai fait parvenir certains, j’en ai gardé d’autres pour moi. Même si je sais qu’il peut être fatal de confondre symptômes et maladie, je me suis laissé happer par cet état léthargique trop longtemps. Il allait pourtant de soi que ce déni ne me mènerait qu’à ma perte. À tort, j’ai parfois cru avoir fait face par la pensée aux maux qui m’ont ébranlé. La réalité c’est que ma physionomie d’auteur exige que je mette noir sur blanc des mots dessus. Mon attitude fut celle d’un patient qui croit pouvoir faire l’impasse sur un traitement clairement prescrit.

Ma thérapie par l’écriture n’est pas un choix, c’est un impératif. Ce principe absolu qui est mon mode de vie a été remué par deux événements qui ont infligé une douleur profonde à mes entrailles. J’ai perdu une amie qui m’était très chère, puis essuyé un échec artistique cuisant. Ne pas avoir eu l’occasion de lui dire au revoir une dernière fois, m’a peut-être enfoncé dans mon refus de la réalité de l’avoir perdu. Même si j’avais pleinement conscience que je n’étais pas la seule personne au monde à me retrouver dans une telle situation, j’en étais affecté à un degré poignant. Surtout que notre dernière rencontre s’était achevée sur une dissension. Je ne m’étais pas montré à la hauteur de notre amitié, et je comptais me racheter. Hélas, l’occasion ne m’a pas été accordée. Par mes actes, j’aurais aimé la remercier de m’avoir si pertinemment soutenu et conseillé dans tant de situations délicates, de m’avoir compris mieux que personne. Décontenancé, j’ignorais comment faire face à cette épreuve. Alors, j’ai fait comme si elle n’existait pas.

À cette période, j’essayais tant bien que mal de me concentrer sur mon chemin artistique.  Mon objectif était de négocier avec habilité un virage qui se profilait. C’est avec une œuvre aux thèmes intimes que j’ai eu pour ambition d’intégrer un programme de recherche d’agent littéraire. Mon texte s’est retrouvé dans une position d’un pensionnaire d’orphelinat sans parents adoptifs, avec ses rêves d’aventures familiales envolés. Mon égo y récolta le coup le plus violent de son histoire. J’ai essayé d’avancer en faisant comme si ce revers n’avait pas existé.

Pendant une année, je me suis inconsciemment laissé asservir par mes deux dénis qui m’ont constamment tiré vers le bas. Jusqu’à ce que je me rende à l’évidence que les pensées sporadiques ne suffiraient pas. C’est par des mots, noir sur blanc, et des actions précises que je peux me libérer de ces dénis qui m’ont insidieusement subjugué. Mes mots se doivent d’être tranchants pour remplir leur rôle de bistouris dans l’opération chirurgicale que je pratique sur moi. Une introspection aussi profonde que les dégâts causés. Ma capacité à assumer la complexité de mes émotions a souvent été un marqueur de mon identité m’ayant tiré vers le haut. Je suis aujourd’hui heureux d’être de retour sur ce terrain. Un sentiment de plénitude m’habite déjà, car mon arsenal contient plus que des mots. Pour le voyage vers la meilleure version de moi-même, je me suis muni des outils adéquats.

Et pour toi, cher journal, je capturerai par les mots l’essence de ces outils.

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