Les postérités d’avril 2015

À toi mon autre révolu,

Du futur, je t’observe t’émerveiller des postérités d’avril 2015 dans notre journal en disant:

“Cher journal des émotions,
De « L’ombre du vent » au « Prisonnier du ciel » en passant par « Le jeu de l’ange », la trilogie du « Cimetière des livres oubliés » de Carlos Ruiz Zafón brille dans son rôle de bijoux de la littérature. Elle a embelli ma vie en ce début d’année, m’accompagnant jour et nuit au cours des quatre derniers mois. Les idées que ce brillant romancier a insufflé à ses personnages n’ont cessé de faire écho à mon existence. Grâce à son exploration du thème de la postérité, j’ai pu trouver de nouvelles dimensions à des notions qui me sont chères. Des notions qui me font vivre.

Mettre d’accord les personnes de toutes croyances ou sans croyance, est à mon sens le meilleur coup de maître réalisé avec cette trilogie. En effet, quelle que soit la religion, la foi ou l’absence de foi d’une personne, il serait difficile de trouver une objection aux démonstrations sur les différents aspects de la postérité des âmes. Comment nier que les livres contiennent une partie de l’âme de leur auteur? Ne pas contester cette réalité, c’est accepter que l’âme d’un auteur vit à travers ses livres tant que ceux-ci ne sombrent pas dans l’oubli. Une forme de vie éternelle. J’ai aussi appris que la postérité est accessible au lecteur. Car lire un livre, rêver avec ses intrigues et ses personnages, c’est s’approprier cette œuvre. Et qui s’approprie l’œuvre y imprègne son âme. L’œuvre étant éternelle, comment les âmes portées peuvent-elles trouver la mort?

J’ai aussi été conforté dans l’idée que rendre hommage à nos proches décédés, c’est non seulement s’assurer qu’ils continuent à vivre dans nos pensées, mais c’est aussi leur donner vie dans les pensées de ceux qui les connaissaient moins. En ce mois d’avril, un mois symbolique pour le roman que j’ai dédié à mon oncle tragiquement disparu, cette théorie est venue s’illustrer dans mon quotidien, par la plus parlante des manières.

Mon oncle Jacques était un homme très pieux. Il aimait nourrir son esprit par la culture de sa foi. Cela ne l’empêchait pas de soigner son apparence. Il s’habillait avec élégance et sentait toujours bon. Ce que tout le monde ne pouvait pas savoir en le voyant, c’est qu’il faisait son lit comme s’il allait le présenter à une galerie d’art. Son lit était tiré à quatre épingles en permanence. C’était si splendide que de mon regard d’enfant, je me demandais comment on peut avoir envie de le défaire en dormant dedans. Quand j’étais adolescent, des années après sa disparition, lorsque ma mère remarquait que mon lit était fait de manière négligée, elle me rappelait que je devrais prendre exemple sur mon oncle. En ce mois d’avril, je me suis rendu compte que non seulement à chaque fois que je fais le lit, je pense à Jacques, mais qu’en parlant de son art de faire le lit à Aurore, je le fais vivre dans la pensée d’une personne qui ne le connaissais pas. Si je continue sur cette lancé en parlant de lui à mes neveux et à mes enfants, si j’ai la chance d’en avoir, ne serait-ce pas une manière de contribuer à la postérité de l’âme de Jacques?

Cher journal des émotions, je ne trouve pas les mots justes pour conclure cet épisode. Ce thème m’est si cher que je pourrais disserter dessus pendant des mois sans terminer. Alors je te dis simplement: À bientôt pour l’épisode de mai.”

Je réalise à quel point la découverte de ces formes de postérités fut singulière. Ce texte s’est avéré être un maillon du cercle vertueux de mes hommages à mon oncle. Je suis ravi d’avoir contribué en quelque sorte à l’immortalité de son âme. Par mon texte, le souvenir de Jacques s’est invité dans les pensées des personnes qui l’ont côtoyé. En 2015, j’ai aussi partagé cet épisode de mon journal avec des personnes qui ne le connaissaient pas. Ce fut très touchant qu’une amie me dise que mon oncle a vécu dans ses pensées le temps de la lecture de mon texte.

Grâce à cette téléportation en avril 2015, je constate que les hommages à nos disparus prennent les formes qui nous ressemblent. Chez moi c’est l’écriture et chez ma voisine c’est la peinture. Quelles que soient nos passions, je pense qu’il est essentiel de les mettre parfois au service de la pérennité de la mémoire de nos disparus. Ils font partie de notre identité. Porter haut leur souvenir par l’art est une manière sublime de nous élever.

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