Les mille vallées à l’horizon – 4ème partie

La nature subvient à nos besoins. Elle est aussi un sanctuaire pour notre bien-être et nos quêtes. Ce temps passé en forêt, à méditer, laissant la mélodie d’un ruisseau caresser mon esprit, a une valeur inestimable. C’est comme si la pureté de cette eau me lavait peu à peu de mes traumatismes enfouis, ceux de ma vie et ceux transmis de générations et en générations. Cette expérience thérapeutique fit naître chez moi le désir de remonter à la source de l’une des caractéristiques des identités des familles rwandaises : Les patronymes uniques à chaque membre d’une famille.

Au pays des mille collines, traditionnellement, rares sont les cas où un enfant porte le nom de son père ou celui de sa mère. De coutume, c’est lors de la cérémonie du « Kwita Izina » qu’un patronyme est choisi pour un nouveau-né. Ce rituel dont la dénomination signifie « attribution du nom » a lieu huit jours après la naissance. Les enfants de la famille et de l’entourage sont au centre de cet événement festif. Certes, à ce moment, les parents ont déjà réfléchi au nom qu’ils souhaitent donner, mais ils demandent la contribution des enfants présents. Alors après avoir savouré tous les délicieux plats offerts, chaque enfant prend la parole devant l’assistance pour dire comment il voudrait que le nourrisson soit appelé. Une fois toutes les propositions soumises, le père annonce quel sera le nom de son fils ou de sa fille. Ce nom reflète, soit les circonstances que traverse la famille au cours de cette période, ou ce que la famille souhaite à l’enfant. Ainsi, au pays des mille vallées, chaque personne porte par son patronyme une marque significative de l’état émotionnel de sa famille au moment de sa naissance. Cette tradition permet d’avoir des arbres généalogiques qui sont une forme de récit des histoires familiales sur plusieurs générations, avec une précision originale sur les événements traversés. Cependant, le risque qu’une personne puisse hériter d’un traumatisme familial qu’il n’a pas vécu, est à considérer. Certains patronymes peuvent être lourds à porter parce qu’ils sont une référence négative à un événement douloureux. C’est pour cette raison que pendant le « Kwita Izina », il arrive que des enfants puissent convaincre leurs parents d’attribuer un patronyme qui soit une référence positive à un événement éprouvant.  

La communion entre les adultes et les enfants lors de cette cérémonie est un symbole marquant de la culture rwandaise. Car, rares sont les occasions où les idées des enfants sont mises au centre de célébrations traditionnelles. Certaines fêtes du « Kwita Izina » se clôturent par un rituel qui consiste à former un cortège dont les enfants sont à la tête et chantent pour le nouveau-né. Ce cortège se dirige vers un bananier. Un bout du cordon ombilical, qui s’est naturellement détaché du ventre du nourrisson après la cicatrisation, est enterré à ce moment, à cet endroit pour signifier que ce bananier appartient à cet enfant. Une allégorie unique qui représente la prospérité souhaitée au nouveau membre de la famille, ainsi que la postérité généalogique espérée, puisqu’un bananier engendre d’autres bananiers autour de lui.

La chance de compter dans mon entourage des sages passionné.e.s par l’analyse de notre culture, n’a pas de commune mesure. Pour disséquer la profondeur de nos mille vallées, ces sages accueillent avec bonheur mes mille questions. Nos conversations me rappellent ce ruisseau au bord du quel je médite. M’exposer à la pureté de cette eau et des connaissances des sages, contribue à la guérison de mes traumatismes. Par la même occasion, des pistes pour continuer à explorer les beautés et les complexités de nos identités sont lancées. De chaque étape de ce voyage, mon cœur en sort rempli d’amour pour les miens. L’air frais de ma renaissance du 6 avril oxygène mes poumons, prêts pour le marathon d’une vie en mission : Participer à l’écriture d’une symphonie qui puisse unir les miens dans leur humanité la plus profonde, tous et toutes libéré.e.s de la haine.

Les mille vallées à l’horizon – 1ère partie

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