La dissertation d’août

Cher journal des émotions,

Nos vies sont truffées de paradoxes. Celui auquel j’ai eu droit en ce doux dimanche matin d’août est mémorable. C’est avec une triste joie que j’ai accepté de m’atteler à un exercice de dissertation proposé par un ami. Le tumulte traversé par son couple l’a conduit à l’envie de m’associer à sa démarche de prise de recul. Avec humour, il a su emballer sa demande sous une boutade sortie de récits lycéens : « Que penser de l’infidélité chez les hommes ? Tu as trois heures pour rendre ta copie. » M’écrivit-il.

Ma première réaction fut de nuancer le sujet. Je ne vois pas la pertinence d’analyser séparément l’infidélité chez les hommes et celle chez les femmes. Car malgré les cages de la masculinité et celles de la féminité dans lesquelles nous sommes souvent enfermés dès l’enfance, les mécanismes qui peuvent mener à l’infidélité ne varient pas foncièrement selon les genres. C’est pour cette raison que j’ai préféré exprimer ce que je pense de l’infidélité tout court.

L’infidélité. Ce mot chargé d’histoires sociétales, de tabous communautaires et de passions individuelles sans qu’il n’y ait de consensus sur sa définition. La caractérisation la plus pertinente me semble être celle de l’auteure psychothérapeute Esther Perel qui voit l’infidélité comme étant « une relation secrète, doublée d’une connexion émotionnelle, quelle qu’en soit le degré, avec une alchimie sexuelle. L’alchimie étant le mot clé, car un simple baiser imaginé peut parfois procurer autant de frissons érotiques envoutants que des heures passées à faire l’amour. » Une fois que l’adultère se produit, que peut-il dire de son auteur et de son couple?

Célibataire ou en couple, toute personne demeure à jamais seule. Seul face à lui-même, l’individu peut aisément s’avouer ses désirs les plus enfuis. Malgré la culpabilité ressentie et la peine causée à la personne aimée, bon nombre d’infidèles ne vont pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La saveur de liberté qui les a fait languir ne les quitte pas après qu’ils y ont goûté. Des psychologues démontrent qu’une majorité d’adultères n’est pas la conséquence de pathologies sexuelles. Car, disent-ils, l’infidélité est plus une affaire de désir qu’une question de sexe. Tant d’hommes et de femmes se tournent vers les aventures extra-conjugales pour fuir la personne qu’ils sont devenus. Ils succombent ainsi à une forme de quête de soi qui peut produire des effets désastreux autour de soi. La soif à laquelle ils font face a été nourrie par des frustrations de longue date. Paradoxalement, l’acte prend des airs de fidélité à eux-mêmes, car ils ont le sentiment de s’alimenter d’un oxygène substantiel. Cette respiration teintée d’égoïsme peut présager une suffocation du couple.

L’infidélité endémique terrasse d’innombrables couples aux quatre coins du globe. Des couples qui se sont formés en suivant à la lettre le schéma d’un moule préconçu. Les premiers concernés échangent rarement avec sincérité sur leur conception idéale d’une union. Consciemment ou inconsciemment, ils sont emmenés à agir selon les préceptes de leurs communautés. Chacun suppose que son ou sa partenaire va se plier aveuglement aux injonctions de la société. Malgré les efforts apparents de communication, un grand nombre se force à jouer une partition en contradiction avec leur singularité. Une pièce de théâtre dans laquelle l’imaginaire érotique doit être confiné dans un espace précis où une personne a pour mission de rendre l’autre heureux. Or, le concept selon lequel un être devrait constituer le bonheur d’un autre est un leurre. Les conjoints peuvent certainement contribuer mutuellement au bonheur de chacun, mais il s’agit avant tout d’une quête personnelle. Les négations de la singularité des désirs établissent insidieusement petit à petit le terreau de l’adultère. Les couples les mieux lotis sont ceux qui travaillent en permanence à perfectionner leur formule de communication afin de créer des mécanismes qui tuent les frustrations dans l’œuf.

Tant de sociétés ont un modèle d’union caractérisé par l’ambition paradoxale d’apporter à la fois la sécurité et la stabilité d’un côté, puis l’aventure et l’exploration de l’autre. Tout être humain a besoin de ces éléments pour s’épanouir. Les obtenir aux côtés d’une seule personne exige un travail constant indispensable. Lorsqu’il y a trahison, parce que ce travail a été négligé, pour continuer le chemin ensemble, il est essentiel que l’auteur de l’infidélité prenne la mesure de la douleur infligée à l’autre et surtout qu’ensemble ils donnent un sens à cet épisode.

La question de l’infidélité est d’une complexité qui conjugue un nombre impressionnant de facteurs. L’ambition ici ne pouvait pas être d’effectuer un tour exhaustif. À l’égard de mon ami pour qui j’ai une grande estime, j’ai essayé, cher journal, d’articuler une pensée nuancée. Depuis des années, mes réflexions au sujet des relations de couple ont été en partie inspirées par l’auteur psychothérapeute Esther Perel, dont les livres et les conférences brillent par la finesse des analyses qu’elle y délivre. Son TEDtalk sur la reconsidération de l’infidélité a fait date.

La dissertation de juillet – 1ère partie

La dissertation de juillet – 2ème partie

La dissertation de juillet – 3ème partie

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